04 novembre 2008
Esthétique du jazz et histoire des Noirs américains, par M'Boka Kiese
1. Histoire du jazz. Dans l'histoire du Jazz, musique née de la transplantation des Noirs d'Afrique sur le continent américain, à travers le commerce esclavagiste triangulaire, les Noirs américains adaptent sur les instruments occidentaux, la musique africaine. A chaque fois qu'ils tentent de jouer du piano, du saxophone, de la trompette, l'attracteur de la négritude les ramène vers les fondements de la musique africaine. Cependant cette nouvelle musique ne ressemble plus à la musique africaine d'origine, encore moins à la musique occidentale. Cette musique raconte l'histoire des Noirs d'Amérique. Mais quelle histoire ? Le Jazz, c'est l'expression de l'identité noire en Amérique. La première période, appelée le swing, est une période d'assimilation. Les musiciens essaient d'amuser le public bourgeois, blanc en particulier. Duke Ellington, Louis Amstrong, Fats Waller, Art Tatum, etc. Dans son roman Banjo, Claude Mac Kay consacre un chapitre entier, "Jelly-Roll", au black entertainer (noir amuseur) : "Jouez, s'il vous plaît. Vous Américains ? J'aime beaucoup les Nègres jouer le jazz américain. Je les entends à Paris. Epatant ! "(1).
2. Histoire du militantisme noir américain. Cependant la situation socio-économique de la communauté noire américaine va de mal en pis. L'Afrique noire reste encore sous domination coloniale. Comme une question de fait nous laisse prendre la situation des Noirs aux Etats-Unis. Pendant des années les Noirs ont trop souffert. En 1863, Abraham Lincoln a proclamé leur émancipation. Partout où la ségrégation raciale a existé, l'exploitation a pris une autre tournure. Les Noirs ne sont pas intégrés en Amérique. Ils sont exclus de l'emploi, de l'habitat, de la santé, de l'éducation. Au Sud des Etats-Unis d'Amérique, les Noirs ont été terrorisés par une organisation secrète blanche appelée "Ku Klux Klan". Beaucoup de Noirs avaient émigré dans les villes du Nord où ils étaient devenus le sous-prolétariat de capitalisme américain. Les quartiers dans lesquels ils vivaient ont été appelés : "ghettos". Comme les townships en Afrique du Sud, comme les favelas au Brésil. En tout cas leur vie renvoyait presque à une image de mort : famine - chômage - criminalité - délinquance - drogue - prostitution, une désorganisation sociale tout court. Nous pouvons comparer les Noirs américains de ce temps comme une communauté de prisonniers, vivant en plein air; et le ghetto à un cachot souterrain. Cependant ils n'attendront pas longtemps pour que la situation change toute seule. Ils ont dû lutter pour obtenir l'égalité complète avec le peuple blanc. Seule une élite noire minoritaire jouissait du bien-être américain. Au lieu de se résigner et de résoudre individuellement chacun dans sa solitude son problème existentiel, une partie de l'élite noire américaine va poser le problème noir aux USA sur le plan global de la politique, pour revendiquer des solutions globales. Cette création des classes d'équivalence est la réponse apportée à la question de la Négro-Renaissance. Cela signifie-t-il la guerre ? Non ! "Qu'est-ce qu'un homme révolté ?" s'est demandé Albert Camus, dans son livre L'homme révolté. Il a répondu : "C'est quelqu'un qui refuse, mais il n'abandonne pas le combat. C'est aussi quelqu'un qui accepte. Ce "Non" signifie que" les choses ont trop duré ";" jusqu'à là oui, au-delà non ". La révolte justifie le surpassement de soi-même. Il a pris conscience de sa situation. Donc l'esclave aussitôt qu'il rejette l'ordre répressif, les lois discriminatoires, supprime sa condition d'esclave et proclame sa liberté.
Dans le cas des Noirs américains, c'était la même chose. Comme ils ont pris conscience de leur condition de servitude; cela signifie, ils ont analysé leur situation selon leur passé, il n'y avait pas de limites désormais qu'ils ne pouvaient pas surpasser. Le problème individuel de logement que se pose chaque Noir, les problèmes de santé, les problèmes familiaux, les problèmes d'éducation, les questions d'argent vécus par les jeunes garçons et jeunes filles confrontés aux idylles amoureuses ne sont plus appréhendés comme des problèmes personnels, mais des problèmes se posant à tous les Noirs américains. M'Boka Kiese écrivit en 1988 (2) : [...]Ces intellectuels auxquels le Parti Congolais du Travail refuse les moyens de production intellectuelle, doivent apprendre à ne plus considérer leurs problèmes dans la vie quotidienne, comme des problèmes individuels. lls doivent cesser d'étaler dans les lieux publics leurs états d'âme suicidaires. Ils doivent cesser d'imploser; ils doivent corriger ces attitudes d'infériorisation de la conscience humaine : «Les masses les plus dangereuses sont celles dans les veines desquelles on a inculqué le venin de la peur, la peur du changement» (Octavio Paz). Autrement dit, les moyens matériels qui vous sont refusés pour réaliser vos choix politiques ,« les problèmes d'argent», pour abuser d'un langage populaire, ces problèmes sont mal compris, s'ils sont appréhendés comme des problèmes relevant de la vie d'un seul individu. Dès lors la sociologie de la connaissance est faussée et la souffrance de l'individu perdure, tant qu'il ne se libère pas de son ignorance. On ne naît pas avec des problèmes individuels à l'image des maladies congénitales. Les problèmes moraux, sociaux non résolus par un individu durant la trame de sa vie , ces problèmes de la vie, dans la mesure où ils se posent à tout le monde, sont des problèmes politiques, et nécessitent donc des solutions politiques. [...] Toutes les humiliations subies dans la société civile, dérision, mépris, calomnie, médisance, perte de vie privée, ostracismes qui naissent du fait d'une précarité matérielle, elle-même due au chômage, cessent dès que l'individu s'engage dans la vie politique. [...](M'Boka Kiese, op., cit., p. 185-186). On parle ainsi en philosophie d'une prise de conscience radicale. Radicale veut dire, prendre les choses à la racine du mal où ces problèmes vitaux se posent chez chaque individu blanc ou noir, jaune ou rouge, démarrant dans la vie et voulant s'émanciper économiquement et socialement. L'être humain n'est plus guidé dans ses actions quotidiennes par des instincts grégaires mais par la raison. Il n'est plus conditionné, il est libre. Naissance des mouvements politiques noirs. Mouvement de non-violence de Martin Luther King inspiré de Gandhi, mouvement religieux des Black Muslim dont un des leaders fut Malcolm X. Les activistes Black Panthers sensibles au message de Malcolm X font irruption sur le scène politique. Soul To Soul : 1971, les Africains Américains retournent aux sources culturelles et spirituelles du continent africain, au Ghana de Nkwame Nkrumah, apotre du panafricanisme. Parmi les pélerins, figurent Wilson Pickett, le couple Ike et Tina Turner, The Staple singers, Voices of East Harlem. Dans son Nouveau vocabulaire philosophique, Armand Cuvilier (3) définit La catharsis comme une thérapeutique psychanalytique consistant à débarasser le sujet de ses troubles (A. Cuvillier, op. cit., p. 11). Deux méthodes peuvent être appliquées suivant que le patient constitue un individu ou un groupe d'individus. Dans le premier cas d'un seul sujet, le médecin rappelle au patient, l'idée dont le refoulement des troubles a causé à sa conscience ; S'agissant d'un groupe d'individus, l'abréaction est la méthode plus recommandée. A. Cuvillier définit cette dernière comme "Une décharge émotionnelle permettant au sujet de se libérer d'un choc ancien qui n'avait pu aboutir à une réaction satisfaisante" (A. Cuvillier, op. cit., p. 11). Black is beautiful, est le slogan primé et scandé lors des grandes messes musicales populaires comme le Wattstax, organisées le 20 août 1972 à Watts, pour commémorer les émeutes du ghetto noir de Los Angeles. Le musicien et comédien Isaac Hayes vêtu de chaînes de l'esclavage s'autoproclame Black Moses (le Moïse noir) ! Le maître de cérémonie de cette messe cathartique fut le pasteur Jesse Jackson, le premier noir qui briguera plutard l'investiture démocrate aux primaires des élections présidentielles américaines.
3. Emancipation économique et sociale des Noirs Américains. Naissance d'une moyenne bourgeoisie noire de l'industrie musicale de la Soul, du Gospel, du Funk et du blues à partir du capital des ressources humaines et spirituelles des ghettos noirs dont le jazz constitue le barycentre. Naissance d'une esthétique cinématographique nommée Blaxploitation (Melvin van Peebles)
dans laquelle les Noirs jouent des rôles de comédiens classiques opposés à ceux issus de l'esclavage et de la servitude. James Baldwin, que nous avons rencontré à Paris (France) dans les années 1980 vers Odéon dans la librairie La Pensée Sauvage, avait découvert la réalité qui se trouve derrière les mots "Acceptation" et "Intégration". Il avait dit que les Noirs ne doivent pas essayer de devenir comme le peuple blanc. La chose vraiment biblique, il a prophétisé, les Noirs doivent accepter avec amour les Blancs. L'élite intellectuelle et politique américaine de souche blanche, au risque d'imploser et, pour maintenir le leadership des Etats Unis d'Amérique dans le monde, sera condamée à opérer des réformes éthiques et politiques. Cette solution pacifique proposée par James Baldwin a fait des Etats-Unis ce que les Etats-Unis sont devenus. Une nation cosmopolite où l'élite intellectuelle nationale et d'origine étrangère est la mieux intégrée. C'est le seul pays au monde ayant dépassé la lutte des classes entre Intellectuels vivant aux Etats-Unis dans l'esprit d'Antoine de Saint-Exupéry (in Citadelle) : "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, plutôt tu m'enrichis".
Les valeurs de l'humanisme intégral (Bumuntu en kikongo) proclamées dans les déclarations universelles des droits de l'homme vont inspirer le pouvoir américain. Les deux grands partis politiques américains, le parti démocrate et le parti libéral vont intégrer respectivement l'élite politique noire. Le droit de vivre pour chaque citoyen américain sera décrété inaliénable sur l'ensemble du territoire américain. Les théologiens américains vont plancher sur une relecture de la Bible, notamment de l'ancien testament. Sportin'Life : "[...]Mathus'lem vécut neuf cent ans. Mathus'lem vécut neuf cent ans. Mais vous parlez d'une vie, ça, quand pas une fille se donn'ra à un bonhomme de neuf cent ans. Je veux montrer, en prêchant c'sermon, qu'y s'peut que ça soit, que ça soit, que ça soit, y' s'peut que ça soit autrement"(4). La lutte de classes entre intelllectuels noirs et blancs en Amérique va s'atténuer pour se substituer en une sorte d'émulation intellectuelle. Les prestigieuses universités américaines Harvard, Princeton, Ucla, etc, vont s'ouvrir aux Intellectuels noirs, enseignants et étudiants, sans préjugés de couleur. Parallèment des institutions supérieures de formations et de recherches, Howard university (fondé en 1867), Spelman College (fondé en 1881), Hampton university (fondé en 1868), Morehouse (fondé en 1867), Tuskegee university, etc., assureront la promotion de la compétence communautaire. Mais dejà en 1928, Claude Mac Kay dans roman réaliste Banjo relatait la fulgurante avancée des Noirs Américains. Il y expose une conversation entre deux personnages, Ray, un écrivain noir américain échoué à Marseille et un étudiant ivoirien, curieux de connaître la condition des Noirs chez les Ricains : "Voyez-vous là-bas, le préjugé racial pousse les Noirs à s'unir pour développer leur vie communautaire.
Les Noirs américains ont leurs propres écoles, leurs églises, leurs restaurants, leurs hôtels, leurs journaux, leurs théâtres, leurs cabarets. Ils travaillent pour les Blancs mais ils ont une vie sociale au sein de leur groupe, une activité intense et pleine de vie au milieu de l'armée de Blancs qui les entoure. (C. Mc Kay, op. cit. p. 198-199).
Logiquement les demandes des trois mousquetaires de la Négritude, Damas, Senghor et Césaire, auraient porté leurs fruits dans le monde francophone et plus étrangement en Guyane, au Sénégal et en Martinique; curieusement les Etats-Unis et la communauté noire américaine étaient les premiers pour profiter du positivisme de la pensée de la négritude, la pensée de la liberté : "Dans ces conditions on comprend que nous ne puissions donner à personne délégation pour penser pour nous ; délégation pour chercher pour nous ; que nous ne puissions désormais accepter que qui que ce soit, fût-ce le meilleur de nos amis, se porte fort pour nous." (5). Le pouvoir est au bout de la science et de la technologie. C'est la raison pour laquelle les Etats-Unis dominent le monde. Ils ont intégré l'élite noire américaine dans la production de l'économie américaine, alors qu'ailleurs dans le monde entier les Noirs sont réduits à la sous-consommation. Et aucun d'eux ne voudra que l'Amérique soit prise au piège dans sa propre histoire. Alors les Noirs savent dorénavant comme le grand poète dans une prison souterraine : The very time I thought I was lost, my dungeon shook and my chains fell off ( Alors que je pensais que j'étais perdu, mon cachot souterrain a tremblé et mes chaînes tombèrent (James Baldwin, in The Fire next time ). Il enchante l'espoir et l'optimisme.
4. Composition du Jazz. Une certaine élite intellectuelle de musiciens de Jazz va sublimer l'état d'âme des Noirs américains dans leur trajectoire de musiciens. Ils vont opérer une révolution à l'intérieur de la musique. Pour que le bourreau arrête de persécuter ma conscience il faut que je sois capable d'exprimer sous forme imaginaire la terreur dont je suis victime ; puis la dépasser en formulant ma plainte sous forme esthétique. Cette démarche est hégélienne. C'est son point de rupture avec son cadet Karl Marx. Hegel ne prend pas les armes de guerre. Non ! Son militantisme s'investit au niveau de la création des concepts, au niveau de l'entendement. L'option hégélienne est la solution la plus difficile. Cette réserve d'énergie est déjà création de la matière. Les Negro'spiritual sont un genre musical découvert par les Noirs américains pour accompagner la relation spirituelle de l'homme à Dieu. Le negro'spiritual est un genre musical libre indemne de toute pénétration étrangère à l'âme noire. Sans aucune influence du Christiannisme, de l'Islam, du judaïsme, ni du boudhisme, c'est une relation directe, mystique de Dieu à la communauté noire américaine.
Le negro'spirituals fonde l'unité spirituelle des Noirs américains. Par contre dans le Gospels nous constatons la subordination de l'âme noire américaine aux églises occidentales. On parle ici d'acculturation, pont inéluctable entre l'amérique blanche et l'amérique noire ; il a accouché du Rock and Roll. Dans le Blues, l'homme noir se libère des contraintes communautaires. Il n'est plus américain, ni noir non plus ; il n'appartient plus à une famille. Il est seul au monde, né libre (born free), et interroge sa propre existence. Puisque l'homme a été créé à l'image de Dieu ; comme enfant de Dieu, il est son semblable. Dans le blues il peut le titiller en l'interpellant : "Pourquoi, y a t-il tant de détenus Noirs dans les prisons américaines alors que la population noire aux Etats-unis est la moins élevée ?". Le bluesman trouve vain de relever la médiocrité du monde. Il est déjà responsable de sa propre vie. Egocentrisme, crieront certains ! Oui, le blues est une forme d'existencialisme. Mais Negro'spirituals, Gospels et Blues trouvent leur rayon de convergence vers le Jazz, la partie exacte de la pensée musicale noire américaine.
5. Du Bebop au Free-Jazz. De la période d'assimilation, le Jazz va connaître une période de rupture, nommée période de la séparation. C'est le Bebop. Charlie Parker (saxo alto), Dizzy Dillespie (trompette), Thelonious Monk (piano), le batteur cubain Mongo Santamaria, Sarah Vaughan (chanson). Le Bebop est un style de jazz élaboré dans les années 1940 aux USA par des musiciens noirs comme Charlie Parker(saxophone) et Dizzy Gillepsie (trompette) ou Sarah Vaughan (voix scat), Thelonious Monk (piano) et bien d’autres. Les jazzmen réinterprètent sur un plan musical le rythme des coups de matraque assénés par un policier blanc sur la tête d’un Noir : " Bop, Bop !...Be bop!... "(6). Inéluctablement, le bebop est structuré autour de la discontinuité mélodique et rythmique. La section rythmique marque le tempo, la vitesse d'exécution de la musique. Batterie, contrebasse, piano, guitare. La section mélodique comporte des cuivres : trompette, clarinette, saxophone, etc. Entre le batteur de tambour et le saxophone, il y a comme une mésentente chaotique. Ipso facto, le bebop opère une rupture avec le swing, le jazz des vétérans devenus des amuseurs publics (7). Le bebop s’insurge contre le show-business et consolide des jam sessions pour militants expérimentés. Puis rupture à l'intérieur du Bebop et naissance du Free-Jazz. Le bebop annonce le free-jazz. Coleman Hawkins au saxophone, Sun Ra au piano avec son Sun Ra Arkestra, John Coltrane, Cecil Taylor, Max Roach, Ornette Coleman, Art Ensemble of Chicago, Albert Ayler, Don Cherry, Charles Mingus, Archie Sheep, Abbey Lincoln, le Sud Africain Dollar Brand (Abdullad Ibrahim) reconnu par ses pairs Noirs américains, etc. Les Jazzmen vont inscrire l'histoire contemporaine de l'Amérique des années 1960 dans l'histoire du Jazz. La rupture ne sera pas politique, mais esthétique.
S'Il a fallu des siècles à la musique classique européenne pour s'étendre à toutes les nations du monde, le jazz américain, en moins d'un siècle, s'est imposé comme une musique d'avant-garde à tous les peuples de la terre. Le jazz est le manifeste de l'identité noire américaine.6. L'essence du free-jazz. Plusieurs explications concourent à la définition du free-jazz. Je peux situer l'essence du free-jazz, dans la relation dissymétrique entre le rythme et la mélodie. La section rythmique est incarnée par le batteur et la section mélodique est mieux rendue par le saxophoniste. En se déplaçant vers certaines origines africaines du jazz notamment chez les Kongo,
on retrouve un ensemble instrumental particulier composé de ngoma (tambour) et de mpungi (trompe).
7. Notes bibliographiques.
1. Claude MacKay, Banjo, Marseille, André Dimanche éditeur, 1999, p. 58.
2. M'Boka Kiese, "La faillite du monopartisme au Congo-Brazzaville. Le devoir des Intellectuels et celui de l'opposition", Revue Peuples Noirs - Peuples Africains , Rouen, n° 63-66, mai-déc. 1988.
3. Armand Cuvelier,Nouveau vocabulaire philosophique, Paris, Armand Colin, 1961.
4. George Gershwin, Porgy and Bess, Scène 2 - L'île de Kittiwah, L'avant-scène Opéra, 1987, p.65-66.
5. Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez, Paris, Présence Africaine, 1956.
6. Christian Béthune, "Glossaire", Revue d'esthétique, Paris, 1991, p. 206.
7. Ronald L. Morris, Le jazz et les gangsters, Paris, Abbeville, 1997.
05 août 2008
L'écrivain russe Soljénitsyne Alexandre est mort
Памятник Русской литературы только что умер, Александр Иссаïевитч Солджéнитсайн (11 декабря, 1918, Кисловодск - 3 августа, 2008, Москва); автор Архипелага Гулага, литературное исследование проверяют переведенный в трех объемах в Seuil (Париж).
Un monument de la littérature russe vient de mourir, Alexandre Issaïevitch Soljénitsyne (11 décembre 1918, Kislovodsk - 3 août 2008, Moscou) ; auteur entr'autres de L'archipel du Goulag, un essai d'investigation littéraire traduit en trois tomes au Seuil (Paris).
M'Boka Kiese.
04 août 2008
Pharoah Sanders, par M'Boka Kiese
|
13 juin 2008
La philosophie politique africaine et ses développements contemporains.
Une nouvelle façon de concevoir le vivre-ensemble.
Université de Paris 7, site des Grands Moulins
Vendredi 20 Juin 2008 de 10 h à 17 h 30
Matinée
Président de séance: Pr. Juliette GRANGE
10 h : Accueil des participants
10 h 15 : Mot de Bienvenue Pr. Juliette GRANGE (CNRS-Nancy 2, France)
10 h 30 - 11h : Gervais YAMB (Chargé de cours à l'Université de Yaoundé,
doctorant à Nancy 2) : Pour une politique africaine de la démocratie.11 h - 11 h 30 : Pr. Etienne TASSIN (Université Paris 7 - France) :
Après l'État-Nation. Regards sur le cosmopolitisme en Afrique noire11 h 30 - 12 h : Pr. Hubert MONO NDJANA (Université de Yaoundé I -Cameroun) :
L’État de droit et la démocratie en Afrique centrale: entre mythe et réalité.12 h - 12 h 45 : Questions et débats
Après-Midi
Président de séance : Étienne TASSIN
14 h - 14 h 30 : Pr. Jean-Godefroy BIDIMA (Tulane University - USA) :
Espace(s) publics et logiques juridiques en Afrique centrale14 h 30 - 15 h : Pr. Souleiman Bachir Diagne (Université Columbia – sous réserve) :
Faut-il décoloniser l'esprit ? Philosophie occidentale et pensée africaine.15 h 30 - 16 h : Mme Seloua Luste BOULBINA (CIPh - France) :
État de droit démocratique et Espaces de la postcolonialité.16 h -17 h 30 : Table ronde animée par Michel Levallois (C.A.D.E.) avec tous les participants et clôture.
Pour toute information : juliette.grange@free.fr
Information à relayer
16 mai 2008
Veillée de Bounzeki Rapha
Dizi dia Bounzeki Rapha ga Paris kia Samedi 17 mai 2008 di ba batika mu 21heures ku (La veillée de Bounzeki Rapha se tiendra ce Samedi 17 mai 2008 à partir de 21 heures à l'adresse suivante :
55, rue Charles Michels, Saint Denis Gare RER en face du nouveau foyer malien.
Nsangu tu bakidi zo kue (Informations obtenues auprès de) Connivences 01 55 79 75 01.
Cordialement.
13 mai 2008
L'esthétique musicale de Bounzeki Rapha, par M'Boka Kiese
Introduction. Le professeur Alpha Noël Malonga (24/12/1966-11/05/2008), spécialiste de la littérature congolaise à l'université Marien Ngouabi (Congo-Brazzaville) était habilité à plancher sur la musique de Bounzeki Bernard alias Rapha (4 août 1961-10 mai 2008). Lui aussi vient de manger l'herbe vivante par ses racines. Pour défier le vide, car la nature en a horreur, selon la boutade du physicien italien Evangelista Torricelli, je dégaine ma plume. Je console par ricochet mon coeur de Congolais meurtri par cette double disparition. Mon combat est livré en deux rounds. Le premier round traite d'un extrait du monument musical de Bounzeki Rapha, Parisien refoulé(1). Il s'agit de proposer une interprétation du kikongo de Bounzeki Rapha en français. Selon les Congolais Kinois, le lari est le parler kongo de Brazzaville. La prise de conscience imprimée dans cette chanson fétiche témoigne un nouveau comportement, un esprit de responsabilité d'une jeunesse congolaise brazzavilloise. Celle-ci refuse d'être flouée, abusée par les festins migratoires entre l'Afrique et l'Europe. Cette posture figure dans la deuxième partie de l'article. Nous dissertons sur l'esthétique musicale de Bounzeki Rapha, c'est-à-dire les implications philosophiques ou politiques de son message promothéen sur la jeunesse congolaise brazzavilloise d'aujourd'hui.
2. Première partie.
2.1. Texte en kikongo
Palizie wa ba kadisa
Mu boloko ka bele
Ka sidia m'samu wa ngolo ko
Ku Mputu mpe ka tukidi
Ka wa lunga ko wa ba.
E gata mpe die na mbulu mbulu
Bu ka yayana ntsia ba m'simba...
Muana wo wa yuku masembo oooo
Bu ka landa nzila yi sukidi ooyoyoyooo
Kanda mbo di m'tesaka
Mpasi zi ba mona
Yandi mpe fueti za mona a.
Lukolo lua ka keti landa
Nkanda mio mia sukina mu nzila ya koko
Mbo ka fueti nionga
Nsiana kena na kanda ko.
Tsiadi tsia tsingi mu mbandu ya mona yi yeka
Muana muntu ya ye
Ku sekila ga luandu
Matsimuna mingi
Mu yandi mpe muana wo wu ba niekona.
Matsimuna maku yaye,
Niongena mo kue Nzambi
Yandi mpe zebi
Mu muana wa bakala
Wo wu ba yambidika
Mbo ka gana nsendo mu nge eee
Muana wo wa yuku masembo oooo
Bu ka landa nzila yi sukidi oooo yoyoyo
Kanda mbo di m'tesaka
Ka Mpasi zi ba mona aa
Yandi mpe fueti za mona aaa.
Lukolo lua ka keti landa
Nkanda mio mia sukina mu nzila ya koko
Mbo ka fueti nionga
Nsiana kena na kanda ko.
Tsiadi tsia tsingi mu mbandu ya mona yi yeka
Muana muntu ya ye
Ku sekila ga luandu
Matsimuna mingi
Mu yandi mpe muana wo wu ba niekona.
Matsimuna maku yaye,
Niongena mo kue Nzambi
Yandi mpe zebi
Mu muana wa bakala
Wo wu ba yambidika
Mbo ka gana nsendo mu nge eee
Wa Mona kua matsimuna eee
Muana wo wa yuku masembo oooo
Bu ka landa nzila yi sukidi oooo yoyoyo
Kanda mbo di m'tesaka
Ka Mpasi zi ba mona aa
Yandi mpe fueti za mona aaa.
Ah mbe Lukolo lua ka keti landa
Nkanda mio mia sukina mu nzila ya koko
Mbo ka fueti nionga
Nsiana kena na kanda ko.
Tsiadi tsia tsingi mu mbandu ya mona yi yeka
Muana muntu ya ye
Ku sekila ga luandu
Matsimuna mingi
Mu yandi mpe muana wo wu ba niekona.
Matsimuna maku yaye,
Niongena mo kue Nzambi
Yandi mpe zebi
Mu muana wa bakala
Wu ba yambidika
Mbo ka gana nsendo mu nge eee
Wa Mona kua matsimuna eee
Wa Mona kua matsimuna eee
Mbo ka fueti nionga
Mbo ka fueti nionga eh
Mbo ka fueti nionga
Mbo ka fueti nionga eh
Mbo ka fueti nionga
Mbo ka fueti nionga eh
Eh mama yula yula
Eh mama yula
Eh mama yula yula
Eh mama yula
Mbo ka fueti nionga
Mbo ka fueti nionga eh
Eh mama yula yula
Eh mama yula
Bungu nto wa yenda yandi kaka
Wa yenda tengama.
Eh mama yula yula
Eh mama yula
Eh mama yula yula
Eh mama yula
Yula, Yula,
2.2. Interprétation en français.
Palizie wa bakadisa (Parisien refoulé)
Mu boloko ka bele (il a croupi en prison)
Ka sidia m'samu wa ngolo ko (Il n'a pas commis un grand délit)
Ku Mputu mpe ka tukidi (Il vient d' Europe)
Ka wa lunga ko wa ba (Il tomba en situation irrégulière)
E gata bu die na mbulu mbulu (Dans un pays où fourmillent d'Agents de police)
Bu ka yayana tsia ba m'simba... (Il fut arrêté à la moindre incartade)
Muana wo wa yuku masembo ooo (Sur cette gaminerie retombent tous les blâmes)
Bu ka landa nzila yi sukidi ooo (Il échoue à ses projets)
Kanda mbo di m'tesaka (Sa famille le gronde ) :
Mpasi za ba mona (Aux souffrances qu'ils ont endurées)
Yandi mpe fueti za mona (Lui non plus ne doit y échapper).
Lukolo lua ka keti landa ((Les études scolaires qu'il aurait pu poursuivre)
Nkanda mio mia sukina mu nzila ya koko ooo(Furent interrompues).
Mbo ka fueti nionga (Qu'il doive se plaindre)
Nsiana kena na kanda ko (Car il se sent abandonné par sa famille)
Tsiadi tsia tsingi (Quelle tristesse)
Mu mbandu ya mona yi yike (Pour cette nouvelle génération à laquelle il appartient)
Muana muntu ya ye (Un être humain)
Ku sekila ga luandu (Qui dort sur une natte)
Matsimuna mingi (Trop de souffrances)
Mu yandi muana mpe wo wu ba niekona (Pour le paria de la famille).
Matsimuna maku yaya (Pour toutes tes souffrances, frère)
Matsimuna ma ku yaye, (Pour toutes tes souffrances, frère)
Niongena mo kue Nzambi (Plains-toi au Créateur)
Yandi mpe zebi (Lui seul sait sonder)
Mu muana wa bakala (un garçon)
Wu ba yambidika (abandonné à son sort)
Mbo ka gana nsendo mu nge eee (Il saura te recompenser)
Muana wo wa yuku masembo ooo (Sur cette gaminerie retombent tous les blâmes)
Bu ka landa nzila yi sukidi ooo (Il échoue à ses projets)
Kanda mbo di m'tesaka (Sa famille le gronde ) :
Mpasi za ba mona (Aux souffrances qu'ils ont endurées)
Yandi mpe fueti za mona (Lui non plus ne doit y échapper).
Lukolo lua ka keti landa ((Les études scolaires qu'il aurait pu poursuivre)
Nkanda mio mia sukina mu nzila ya koko ooo(Furent interrompues).
Mbo ka fueti nionga (Qu'il doive se plaindre)
Nsiana kena na kanda ko (Car il sent abandonné par sa famille)
Tsiadi tsia tsingi (Quelle tristesse)
Mu mbandu ya mona yi yike (Pour cette nouvelle génération à laquelle il appartient)
Muana muntu ya ye (Un être humain)
Ku sekila ga luandu (Qui dort sur une natte)
Matsimuna mingi (Trop de souffrances)
Mu yandi muana mpe wo wu ba niekona (Pour le paria de la famille).
Matsimuna maku yaya (Pour toutes tes souffrances, frère)
Matsimuna ma ku yaye, (Pour toutes tes souffrances, frère)
Niongena mo kue Nzambi (Plains-toi au Créateur)
Yandi mpe zebi (Lui seul sait sonder)
Mu muana wa bakala (un garçon)
Wu ba yambidika (abandonné à son sort)
Mbo ka gana nsendo mu nge eee (Il saura te recompenser)
Mona kua matsimuna eee (Endure les souffrances)
Mona kua matsimuna eee (Endure les souffrances)
Mbo ka fueti nionga (Qu'il doive se plaindre)
Mbo ka fueti nionga eh (Qu'il doive se plaindre)
A mama yule Yule eee (Mais demande voyons)
Aaaa Yule eee (Demande )
Yuleee ooo (Demande )
Yuleee Eeee (Demande )
Yula, yula, yule (Demande, demande, demande)
Bungu nto wa yenda yandi kaka (C'est à cause de sa solitude)
Wa yenda tengama (Que la rivière emprunta un chemin tortueux).
(1) Nous travaillons sur la version du Parisien refoulé parue dans le Compact disc, Rapha Bounzeki, La légende, vol. 1, Rog Samba Diffusion, France, sans date.
...................................à suivre.
18 avril 2008
Hommage à Aimé Césaire, par M'Boka Kiese
"[...] ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée
contre la clameur du jour
ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil
mort de la terre
ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale [...]
Aimé Césaire (1).
Ya Césaire, je te dédie ce poème kongo intitulé, Bunzonzi, interprété en français, Le sermon.
Bunzonzi Le sermon
Yi yinga ! En vérité !
Yi yinga ! En vérité !
Makuenda, Makuiza. Tout s’en va, tout revient.
Makuiza, Makuenda. Tout revient, tout s’en va.
Mfumu na mfumu, Politique pour Politique,
Nganga na nganga. Savant pour Savant.
Nganga na nganga, Savant pour Savant,
Mfumu na mfumu. Politique pour Politique.
Mfumu wa moolo, Oh ! chef indolent,
Nkangu wu fuidi nsatu. Le peuple souffre de faim.
Kimfumu, tumbua. On est investi d’un pouvoir.
Kinganga, semua. Le savant est désigné par ses pairs.
Nzonzi tele ngana. Un magistrat énonce un préjudicat.
Bangula ngana. Il doit le démontrer.
Wa lembobangula, S’il s’y dérobe,
Ubudikila ebanga. Il se cassera la mâchoire.
Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.
Bole bantu L’union fait la force.
Bukaka nsongo. La solitude est un mal social.
Nianzi za zingi Plusieurs mouches rassemblées
Ka zinengomonanga Ne peuvent soulever
Mbizi ko. La viande du gibier.
Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.
Muntu ua soba muntu ? Les hommes sont-ils si différents ?
Muntu wa fuana muntu. Tout homme en vaut un autre.
Bu buana muntu, Nul,
Ka bu lembua N’est à l’abri
Buana muntu ko. Des vicissitudes humaines.
Nsongi kabela Quand le colibri est malade
Tuna si katuna. Il charge des boucs émissaires.
Mpola sila Il dresse des ventouses
Mu n’tu wa kuti. Au hibou son voisin.
Nza ia kala nsongo, Dans un monde sans maladies,
Banganga salu kifuidi. Les médecins chôment. .../...
Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.
Diwu bidiwu, Tout se mange,
Futu bifutu. Tout se paie.
Fua dia mfuenge, L’héritage de la belette,
Biadila m’baku. Est échu au martre.
Kidie mfuenge, Si la belette est corrompue,
Kufuti m’baku. Le martre paie.
Nza ia kondo bimpumbulu, Dans un monde sans délinquance,
Banzonzi bafuidi nsatu. Les magistrats meurent de faim.
Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.
Wa dia fua Tout héritage
Yika dio. Doit s’accroître.
Wa fua Tout mortel
Sisa nkuasa. Doit laisser un héritage.
Tu sidi vuvu evo, Ainsi espérons-nous,
Mbandu’antemo Qu’une génération d’éclairés
Yandi ulenda evo Saura combler
Mana malembana ban'kulu. Les insuffisances de leurs aînés.
Mpasi kalembika ngoma Pourvu qu’elle tempère le tambour
Malavu, yoovo makinu ; La boisson et les danses ;
Yoovo nienze Ni plaisirs d’aucune sorte
Zi bakitula bimpumbulu. Pouvant nuire à leur lucidité.
Tombe, tombe Les ténèbres sont les ténèbres
Ntemo, ntemo. La lumière reste la lumière.
Nza ia kondo mvita Dans un monde sans guerres
Bisadi mata dia pele. L'industrie d'armements chôme.
Na wa ku tuma zonza ? Qui t’autorisa à parler ?
Lembo ni lembo. Ah ! J’abdique.
Ngati ka buako ? Me suis-je bien exprimé ?
Ni buna bua buna. Sans doute.
Na poo, na yeko. J’en ai terminé.
(1) Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1983, p.46-47.
15 mars 2008
COMME NEFERTITI
Á l'occasion du 10E PRINTEMPS DES POÈTES 2008 en France et à l'étranger du 3 mars 2008 au 16 mars 2008, en intersection avec le Salon du Livre de Paris 2008 du 14 au 19 mars 2008, nous dédions ce poème à Nger.
Orchestre :
Pour un big band de free-jazz : Sun Ra Arkestra
Solo : Le mari d’une vendeuse
Choeur : Les vendeuses, Minziala-Ngoto, du marché Total de Bacongo
à Brazzaville (Congo).
Choeur (traduction libre):
Kundi wa zolo Kongo
Belle kundi éprise de l’élégant Kongo
Wa yika na buetete ku longo
Une femme si digne
Nkento wa dzuna
Une femme comblée
Ka zeba kandi ko
Une femme intègre
Bakala ntima wu buidi
Le mari rassuré
Ni dia ko beka dia ga meza
Prend plaisir de manger à table
Nkento wa dzuna
Femme comblée
Ka zeba kandi ko
Femme intègre
Kundi wa zolo Kongo...
Belle Kundi éprise de l’élégant Kongo...
Comme NEFERTITI
La négresse égyptienne
Forme première
Sculptée des côtes d’Akhenaton :
Tu es l’ombre de mes blues.
Coeur élu
D’une terre ailée
Aux amours transparents,
Je t’ai rêvée trois lunes :
Nkenge-nkuluntu ;
Première lune ;
Nkenge-ndeke ;
Deuxième lune ;
Muezi.
Troisième lune.
Au dernier testament,
Tu m’es parue l’angélus :
Pudibonde négresse
Aux hanches tambourinées,
Des rites premiers
D’un amour mystique.
Rime asymétrique
De l’esthétique bantu :
Semer l’art,
Semer l’art,
Récolter le surréel amour.
Choeur :
Kundi wa zolo Kongo
Wa yika na buetete ku longo
Nkento wa dzuna
Ka zeba kandi ko
Bakala ...
Aux travers ces cantiques jazzés
Qui forment déluge.
Quarante jours
De par Harlem,
Mes pieds engourdis
Quarante nuits
Dans ces plantations d’Alabama
Mes sens ankhifiés (1)
Éventèrent mon immanence.
De loin...
Un saxophone déhanché,
Bebopait (2)
Un Angela Davis alto
Et Thelonious Monk prêchait :
Swing Nefertiti !
Choeur :
Bakala ntima wu buidi
Ni dia ko beka dia ga meza
Nkento wa dzuna
Ka zeba kandi ko
Kundi wa zolo kongo...
Dans ces mines de Shaba,
Fut ce toi
Ce choeur blasé ?
Pégase
Au coeur d’un tapis d’orient
Myriam Makeba
Makeba Nefertiti.
Au delà l’empire berbère
De la dynastie sémitique
Je t’ai retrouvée
Du haut de la Casbah,
L’âme voilée
Par les airs du Chaâbi (3).
Ta peau basanée
Masque intégral rescapé
Par la danse naïve des phallus.
Choeur :
Kundi wa zolo Kongo
Wa yika na buetete ku longo
Nkento wa dzuna
Ka zeba kandi ko
Bakala ntima wu buidi
Ni dia ko beka dia ga meza
Nkento wa dzuna
Ka zeba kandi ko
Kundi wa zolo kongo...
Ta coiffure macchématique (4)
Tel un hérisson.
Ma mamiwata (5),
Ma colombe épique
De mes nuits de pyramide.
O nzololo
Que j’aime
Nzololo kuani
J’aime vraiment
Nzololo.
J’aime.
Dzuna mama
Qu’importe
Dzuna
Qu’importe
Miabatele nsoni !
Qu’ils couvrent de honte !
Nkia ma dia kimpala,
Contre commère jalousie,
Tua zingidila matondo.
Protégeons l’amour.
L’amour qu’apporte l’ouragan
Á la résurrection des tiers-momies.
Apportes nous un hiéroglyphe
Pour honorer
Á mi voix
Notre espérance.
Comme NEFERTITI
La négresse égyptienne
Forme première
Sculptée des côtes d’Akhenaton :
Tu es l’ombre de mes blues.
Choeur :
Kundi wa zolo Kongo
Wa yika na buetete ku longo
Nkento wa dzuna
Ka zeba kandi ko
Bakala ntima wu buidi
Ni dia ko beka dia ga meza
Nkento wa dzuna
Ka zeba kandi ko
Kundi wa zolo kongo
________________________________________
(1) En égyptien ancien, Ankh signifie vie ; de ce substantif, nous avons forgé l’adjectif, ankhifié, dont le sens donne : doué de vitalité.
(2) Bebopait, est une forme dérivée du verbe beboper, conjugué à l’imparfait de l’indicatif. Le verbe beboper est dérivé de Bebop, un style de jazz élaboré dans les années 1940 aux USA par des musiciens noirs comme Charlie Parker(saxophone) et Dizzy Gillepsie (trompette) ou Sarah Vaughan (voix scat) et Thelonious Monk (piano) et bien d’autres. Les jazzmen réinterprètent sur un plan musical le rythme des coups de matraque assénés par un policier blanc sur la tête d’un Noir : " Bop, Bop !...Be bop!... ". Inéluctablement, le bebop est structuré autour de la discontinuité mélodique et rythmique. Ipso facto, il opère une rupture avec le swing, le jazz des vétérans devenus des amuseurs publics. Le bebop s’insurge contre le show-business et consolide des jam sessions pour militants expérimentés. Le bebop annonce le free-jazz. Bibliographie : Revue d’esthétique, n° 19, Paris, Jean Michel place, 1991.
(3) Le Chaâbi est une forme musicale algéroise. Il tire ses racines de la musique classique andalouse.
(4) Macchématique. Néologisme créé par le philosophe congolais Ngaliba. L’adjectif se rapporte au macchème, acte de lutte, acte de combat.
(5) Mamiwata, déesse des eaux dans la mythologie bantu ; protectrice des hommes esseulés.
12 mars 2008
10e PRINTEMPS DES POÈTES à la mémoire de Tchicaya U Tam'si, par M'Boka Kiese
TROIS BLUES NAÏFS A la mémoire de l’écrivain congolais TCHICAYA U TAM’SI (Mpili (Congo), 1931 - Bazancourt (France), 1988).
Mars 1987 : rencontre avec l'écrivain Tchicaya U Tam'si au Salon du livre de Paris (Grand Palais). Achat du recueil de poèmes de l'auteur intitulé, Le Ventre, Le Pain ou la Cendre. Dédicace le 25 mars 1987.
Vendredi 02 octobre 1987 : de 11h40 à 14h, discussion à bâtons rompus avec Tchicaya U Tam'si, chez lui, dans son appartement du 17ème arrondissement de Paris (Porte de Clichy). Dans sa bibliothèque, je fus impressionné par le monument du Christ crucifié sur la croix dominant toute la pièce. J'avais vite saisi la portée des proses de son poème Le contempteur (1) :
10th SPRING OF THE POETS to the memory of Tchicaya U Tam'si, by M' Boka Kiese
THREE BLUES INNOCENTS to the memory of the Congolese writer TCHICAYA U TAM' SI (Mpili (Congo), on 1931 - Bazancourt (France), on 1988).
March, 1987: Meeting with the writer Tchicaya U Tam' si in the Book fair of Paris ( Grand Salon). Purchase of the collection of poems of the author entitled, The Stomach, The Bread or the Ash. Dedication in March 25th, 1987.
On Friday, October 2nd, 1987: from 11:40 am till 2 pm, discussions with Tchicaya U Tam' if, to him, in his apartment of the 17th district of Paris (Porte de Clichy). In his library, I was impressed by the monument of the Christ crucified on the cross dominating all the room. I had fast seized the reach of the proses of its poem Le contempteur ( 1 ):
"[...] Christ je me ris de ta tristesse
Christ I laugh at your sadness
ô mon doux Christ
ô my sweet Christ
Epine pour épine
Thorn for thorn
nous avons commune couronne d'épines
we have common crown of thorns
Je me convertirai puisque tu me tentes [...]
I shall be converted because you tempts me."
De 14 h à 16h nous étions descendus au café d'à côté où l'on avait commandé deux salades, une niçoise et une campagnarde.
Kondo-Kanda
La lampe à huile de palme
The oil lamp of palm
Le premier poème est un blues de travail, salongo ou worksong. Il a trait à la fabrication d'une lampe, Kondo-Kanda, qui autrefois aidait les hommes à s'éclairer. L'auteur réécrit l'algorithme des gestes d'origine que les humains ont perdus. Il décrit également la sobriété des outils impliqués dans cette entreprise. En toile de fonds, le problème soulevé est celui de la solitude : peut-on vivre seul dans une société ? Kondo-Kanda signifie sans famille.
The first poem is a working blues, salongo or worksong. It concerned the manufacturing of a lamp, Kondo-Kanda, who formerly helped the people to get clearer. The author rewrites the algorithm of the gestures of origin which the human beings lost. He also describes the sobriety of tools involved in this company. In backcloth, the raised problem is the one of the solitude: can we live alone in a society ?
En choeur, deux traditionnels congolais retentissent :
Salongo ehe he !
Salongo alinga mosala !
Salongo ehe he !
"Ri matoko ziola !
Ziola !
Ri matoko ziola !
Ziola !
Maheu !
Maheu !................"
Salongo ehe he
Version kongo
Yati mabanza meko
Ma sadisa Bantu
Bu sieta mpusu muatu
Bakidi m'singa ua m'la.
Bu bonga nkalu
Yi fulukidi mafuta ma ngazi ;
Bu dzubula yandi m'singa wuna
Mu nkalu ;
Bu kuakasa matadi mole
Ndekela zi dukidi
Zi kungamana mpusu
Tiya tu lemene.
Ni kondo-kanda dio bakidi
Dia sisa ba mbuta
Di nama mu kuku.
Bue lenda vuta banza
Vo koondo-kanda
Dia kaka dilema ?
Muisi gu naka,
Muisi gu lombisa m'ludi.
Yati mabanza meko
Ma sadisa bantu
Version française
Il y a des idées
Qui édifient l'humanité.
Qui tresse les fibres du palmier-raphia
Obtient une longue mèche.
En prenant une calebasse
Remplie d'huile de palme;
En trempant cette mèche
Dans la calebasse ;
En frottant deux pierres l'une
contre l'autre
Des étincelles jaillissent
Qui, frôlant la mèche
Allument la lampe.
C'est la lampe à huile de palme
Léguée par les anciens
Vive lueur de nos cases en pisé.
Comment eusses-tu pu penser
Que la lampe à l’huile de palme ;
S'allume seule ?
La fumée monte,
Et noircit le toit de chaume.
Il y a des idées
Qui édifient l'humanité.
Munziala Ngoto
Le placier
Le deuxième poème intitulé Munziala-Ngoto, retrace une scène de marché banale déformée en une berceuse, pour aider les enfants à dormir. Ce blues dont le titre complet, Kunga Kua Munziala-Ngoto, Pata-Pata, Teka Bola Ga Zandu Dia Ouenze, est la complainte d'un placier, marchand d'oignons à toutes ses heures au marché populaire de Ouenze (Brazzaville-Congo). Sur une toile de jute (ngoto) placée terre à terre, Pata-pata étale sa marchandise. Il s’assied sur un tabouret. Pour attirer sa clientèle, il entonne une mélodie " Pata’é eh E, heee, heee ". Il est la risée de badauds oisifs et persifleurs, sans le sou, mais jamais pick-pocket. Ils l’assomment de quolibets " Pata-pata, pata-pata ". Pata pata se défend en leur lançant des morceaux de cailloux ramassés ça et là. L'auteur fut un de ses clients (mea-culpa). Il relate une partie d'un marchandage impossible avec un client tenace, autour de cinq francs cfa, le prix unitaire de ces oignons. On peut épiloguer sur des braderies auxquelles les nécessités de la vie nous assujettissent.... Et Pata-Pata veut dire qui brade tout à cinq francs.
The second poem was entitled Munziala-Ngoto, redraws a commonplace scene of market deformed in a rocking chair, to help the children to sleep. This blues among which the complete title, Kunga Kua Munziala-Ngoto, Pata-Pata, Teka Bola Ga Zandu Dia Ouenze, is the lament of a travelling salesman, a trader of onions at all his hours to the popular market of Ouenze ( Brazzaville-Congo). On a hessian ( ngoto ) placed down-to-earth, Pata-pata spreads its goods. He sits down on a stool. To attract his clientele, he intones a melody " Pata' é eh E, heee, heee ". He is the laughing stock of idle and mocking curious onlookers, without the money, but never pickpocket. They annoy him with gibes " Pata-pata, pata-pata ". Pata pata defends himself by throwing them fragments of pebbles collected here and there. The author was one of his customers (my fault). He tells a party of an impossible bargaining with a firm customer, around five francs cfa, the unit price of these onions. We can carp on fairs to which the necessities of the life subject us.... And Pata-Pata means who disposes of everything in five francs.
Version kongo Pata-Pata, - Bikunku biole m'pata miole. - E, Pata-Pata, Yenda yoke
Pata, Pata'é eh !
E, heee
Heee...
Pata, Pata'é eh !
E, héee
Héee...
Bola dio kua die ?
- Nkia bola :
Dia mputu'ooo
Dia Bandombe ?
-Bola dia Mputu,
M'pata kua diena.
-Bia gonsoni, Pata-Pata,
Biansi tekila M'pata ?
- Nsila bikunku biole.
Kua sidia se matabisu ko.
- Bika ya muatu,
Yo ngunani.
- Tuka n'suka ntukidi,
Bikunku bia ka bi nikuki...
- Buanza bo Matabisu !
Pata-Pata Matabisu !
- Fwo-fwa !
- Na mpiaka
Ni beno lu kue ya te.
Mbo Yandi NZambi
Mono
Dia mpamba ka mpana.
Ti yoka kue yoke,
Tala kuena na nsatua bola ko.
Kuizi ku ndanda mambu
Me bene nkuni na luata
Pata, Pata'é eh !
E, heee
Heee..
Pata, Pata'é eh !
E, héee
Héee...
Version française
Pata, Pata'é eh !
E, heee
Heee...
Pata, Pata'e eh !
E, héee
Héee...
- Combien coûtent ces oignons?
- Quelle sorte d'oignon '?
L'oignon d'Europe
Ou l'échalote d'Afrique ?
- L'oignon d'Europe
Ne coûte que cinq francs.
- Pata-Pata, pourquoi tout
Chez toi se vend à cinq francs?
Fais moi deux parts.
Deux parts valent dix francs.
Eh! Pata-Pata,
Tu ne fais plus bon poids.
Oui, mon sieur
Je ne fais plus bon poids.
Depuis ce matin,
Je n'ai encore rien vendu...
Bon poids !
Pata-Pata, Bon poids !
C'est de vous autres
Que vient ma malédiction.
Et moi, alors
Crois-tu que Dieu
M'en offre gratuitement.
Passes ton chemin,
Si tu n'as point besoin
d'oignons.
On ne fait pas de morale
A un débrouillard.
Pata, Pata'é eh !
E, heee
Heee...
Pata, Pata'e eh !
E, héee
Héee...
Kudika
Le lit en lattes de palmier
Le troisième poème Kudika, Le lit en lattes de palmier, est une voix de l’humilité, du discernement entre l’utile et le futile.
The third poem, Kudika, The bed in slats of palm tree, is a voice of the humility, the difference between the useful and the pointless.
Une berceuse Sundi précède le poème :
Tete te te
Telama nzambi
Si yibuidi
Tete te te
Telama nzambi
Si yibuidi
Tete te te
Version kongo
KUDIKA
Ni dio ta Kudila
Nganeko ta fua.
Ga Kudika
Tua sekela
Tolo ni yengenge.
Ndozi gandi ndozi.
M'bua-tolo diandi kudika.
Munkua luketo
Na bagu kudika
Ki mana-mpaka.
Munkua mbanzi
Na bagu kudika
Mbanzi kelekete.
Munkua mungongo
Na bagu kudika
Zeke zekete.
Mama na bana
Ni go ka butila,
Luandu kua batsika ga mbamba.
Kudika dia salama
Ku Matumbu.
Kudika dia tekama
Makumole mamosi ga Pévé.
Kudika difusa,
Ba losele.
Ta Malonga sala mo
Moyo kua ka kidi.
Kudika dia bakama binsekua
Buna mvindu'aku ye naku.
Yati yebela bia makuma tatu.
Kudika yanika dio ku muini.
Muntu ka kondua mamba,
Ka yaula !
M'Nua ba tu gana go
Mu zonza.
Kudika dia nsuasua,
Kudika dia mbamba.
KUDIKA
Ni dio ta kudila
Nganeko ta fua.
Version française
On nous berça
Sur le lit-en-lattes-de-palmier
On n'en est pas mort.
Nous dormions
Sur le lit-en-lattes-de-palmier
D'un sommeil profond.
Les mauvais rêves
Disparaissaient.
Le lit-en-lattes-de-palmier
Guerrit
Les douleurs lombaires.
Le lit-en-lattes-de-palmier
Apaise
Les rhumatismes.
Le lit-en-lattes-de-palmier
Soigne
La scoliose.
On couvrait d'une simple natte
Le lit-en-lattes-de-palmier
Et reine mère accouchait.
Le lit-en-lattes-de-palmier
Fabriqué au village Matumbu.
Vendu au marché de la gare
Cent francs seulement;
Usé par les termites,
Le lit-en-lattes-de-palmier se jette.
Maître Malonga le litier
Vit toujours.
C'est la malpropreté de l'homme
Que les punaises envahissent le lit.
Prenons l'habitude de nous laver.
Etalons le lit au grand jour.
Que l'eau te soit privée,
Plains-toi !
A quoi nous sert la bouche
Si ce n'est pour parler.
Le lit-en-bambou,
Le lit-fait-de-lianes.
On nous berça
Sur le lit-en-lattes-de-palmier
on n'en est pas mort.
1. Tchicaya U Tam'si, Arc musical, précédé de Epitomé, Honfleur, P.J.Oswald,, 1970, p. 61.
24 février 2008
Une page mémoriale de La Soumission, le roman de Dominique M'Fouilou
1. Présentation. Dans la genèse du sous-développement, nous trouvons des traits récurrents suivants. L’existence d’une économie d’autosubsistance villageoise ; celle-ci travaille à la satisfaction des besoins primaires des populations autochtones. Puis l'irruption d’une couche sociale moins nombreuse d'allochtones, disposant des richesses et détenant la propriété des moyens de production. Dans Coeur d'Aryenne, le roman du doyen des écrivains congolais Jean Malonga, vingt et trois ans avant La Soumission, on retrouve le même schéma sociologique. La ville de Mossaka, domaine des Likuba est dominée par le missionnaire, le père Hux, l'administrateur ou le commandant de Mossaka, de Roch Morax, le commerçant. Cette nomenklatura va freiner le fonctionnement de l'économie locale. Comme dans La Soumission, des couches étendues de la population indigène n’auront plus d’autres moyens pour subsister que de vendre leur force de travail. Ces deux éléments sont indispensables au fonctionnement du capitalisme industriel dans sa période de l’accumulation primitive. Le capital commercial investi par des capitalistes étrangers dans ces contrées exotiques aura pour mission de créer les bases d’un capitalisme industriel dont les bénéfices ne seront pas accumulés dans les pays sous-développés. Ces derniers sont aussi assimilés à des pays de transit des capitaux. Les plus-values dégagées par les entreprises transnationales sont transférées hors des pays sous-développés. Le capitalisme va décomposer, mieux déconstruire, pour parler comme Jacques Derrida, l’économie naturelle, l’orienter vers une économie de marché, par la fiscalité (L’impôt de capitation, mpaku ia falanka tatu de triste mémoire, imposé aux Kongo), et par la contrainte. Le romancier congolais Dominique M’Fouilou décrit dans La Soumission, son premier roman, la dépossession par l’administration coloniale française de la main-d’œuvre kongo ; Dominique M’Fouilou, un des rares écrivains africains attachés au roman historique, un genre difficile, décrit notamment la géographie de la soumission des Bisi Manianga (Route Lumo-Mankusu, Région du Pool, Congo Brazzaville) de Mbanza-Mpudi, Mpangu, Kimbuta, Bikoso, Nsanga-Mvimba, Kimbuta, Mbanza-Mbembe, Songa-Mbongo, Mankusu. De l’économie naturelle où elle fut productive cette force de travail fut incorporée de force dans la monoculture du caoutchouc, m’kuezo, pour la satisfaction des marchés coloniaux français. Nous reproduisons cette page mémoriale de La Soumission avec une légère reécriture autorisée pour des besoins didactiques.
2. Une page mémoriale de La Soumission.
" Puis vint la guerre en Europe. L’offensive de l’administration coloniale reprit à la campagne. Ce ne fut plus sur le terrain de la répression, mais celui de rafle et de la réquisition de tous les hommes, femmes et enfants en mesure de travailler. Arrachés à leurs villages et à leurs champs familiaux, les paysans étaient déportés dans des camps et dirigés ensuite vers des plantations. Les fugitifs étaient vite rattrapés, fouettés. Dans plusieurs villages, il ne restait plus que des arbres et des cases pour témoigner et raconter leur deuil. Les villages abandonnés montraient un spectacle désolant. Il fallait contribuer par tous les moyens à la guerre survenue là-bas dans notre " mère patrie ", la France, chantait-on. Chaque district devait fournir une certaine quantité de nkuezo (Caoutchouc) que les paysans rassemblaient par secteur. Ils le transportaient et l’acheminaient sur Mavoula (Brazzaville) pour ensuite l’expédier à M’Poutou La France par Pointe-Noire où il prenait le bateau. Lorsqu’il ne restait plus rien dans un endroit, on allait loin, très loin chercher le nkuezo. Les paresseux étaient taxés d’amendes. Et les impécunieux allaient croupir ou mourir en prison, loin de toute compassion. Des familles entières étaient escortées de très bon matin jusque dans les forêts et réquisitionnées pour l’extraction du caoutchouc. Les paysans ne travaillaient plus pour eux-mêmes, les champs étaient abandonnés, délaissés aux dépens du nkuezo, au moment où, en pleine saison des pluies, ils avaient le plus besoin de s’occuper de leurs cultures. Ils ne produisaient plus pour leur nourriture [...] Les paysans étaient fatigués, abrutis de corvées de route carrossable où ils devaient travailler et des corvées de la récolte du nkuezo. Malgré cela, en l’écrasant à l’aide des pierres ou de gros bâtons, ils trouvaient encore la force de chanter. Ils chantaient un air triste exprimant combien était dur le travail auquel on les occupait :
Tute no ho eee (Ecrasons oh ! eh ! eh! eh !)
Heee ta tuteno ho o o (Eh! Ecrasons oh! oh! oh!)".
3. A memorial page of La Soumission, a novel of Dominique M' Fouilou.
"Then the war in Europe came. The offensive of the colonial administration started again in the campaign. It was not any more on the ground of the repression, but that of raid and the requisition of all the men, the women and the children in measure to work. Extracted from their villages and from their family fields, the farmers were deported in camps and steered then towards plantations. The fugitives were fast caught up, whipped. In several villages, there were not more than trees and compartments to show and tell their mourning. The abandoned villages showed a distressing spectacle. It was necessary to contribute by all the means to the war arisen over there in our "mother country", France, sang one. Every district had to supply a certain quantity of nkuezo (Rubber) that the farmers collected by sector. They transported it and forwarded it on Mavoula (Brazzaville) to send it then in M' Poutou (France) by Pointe-Noire where it took the boat. When there was nothing left in a place, we went far, very far to look for the nkuezo. Lazy people were taxed by fines. And the impecunious was going to rot or to die in prison, far from any condolence.Whole families were escorted of very good morning to forests and requisitioned for the extraction of the rubber. The farmers did not work any more for themselves, fields were abandoned, forsaken at the cost of the nkuezo, as, at the height of the season rains, they more needed to take charge of their cultures. They did not produce any more for their food [...] The farmers were tired, dulled by duties of passable road where they had to work and duties of the harvest of the nkuezo. Nevertheless, in the crushing by means of stones or of big sticks, they still found the strength to sing. They sang a sad expressing air how much was hard the work to which they occupied them :
Tute no ho eee (Let us crush oh ! eh ! eh! eh !)
Heee ta tuteno ho o o (Eh! Let us crush oh! oh! oh!)".
Dominique M’Fouilou, La Soumission, Paris, L’harmattan, 1977, p. 42-44.
Jean Malonga, Coeur d'Aryenne, Paris, Présence Africaine, 1954.


