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Le Deuil des Chauves-Souris

Revue d'Esthétique et de Sciences sociales

07 mars 2010

EVE CONGOLAISE

A l'occasion du 12ème Printemps des poètes en France du 8 mars au 21 mars 2010, et de la journée de la femme, je dédie ce poème écrit par J. B. TATI LOUTARD à ma soeur utérine Angèle Mayinga OUENAZO Nkazi décédée au Togo à Lomé le 8 Mars 1990.

EVE CONGOLAISE

Je l'ai vue quand Dieu l'a créée sur la Montagne :
C'était en pleine nuit, la lune ayant atteint
Le plus haut niveau de ses crues de lumière.

Avant que Dieu ne parût comme jadis sur l'Horeb,
L'herbe alentour marchait déjà tête baissée
Sous la brise.

Tati

Il prit de la terre non battue de quelque pied,
Et la coula - vierge comme au Jour Premier -
Dans un long rayon de lune.

En un tour de main, ce fut le tour des seins ;
Et la grâce et l'esprit giclaient d'Eve
En éclaboussements éblouissants de lumière.
Puis vint le signal :

Dans l'espace nu, le vent se mit à tourner sur lui-même Comme s'il avait mal de ne pouvoir se détendre Dans un arbre. Dieu reprit l'air dans le tourbillon ; Et dans le silence plein de clarté,

L'Eve congolaise descendit vers le fleuve à l'heure
Où le soleil sort en refermant derrière lui
la porte de la nuit.

J.B. TATI LOUTARD, Les racines congolaises précédé de la vie poétique, Honfleur-Paris, Pierre Jean Oswald, 1968, p.25.

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05 décembre 2009

OZOUA SOYINKA, POETESSE DE LA LIBERTE

ozoua

Nous vivons un début du 21 e siècle étrange. Nous saluons vers la moitié du 20 e siècle l'avènement du féminisme. Celui-ci avait pour ambition de nous conduire à une émancipation économique et sociale en affrontant le capitalisme dans ses fondements idéologiques : contre l'exploitation éhontée de l'homme par l'homme ; contre la servitude de la femme ; contre les mariages forcés ; la protection des veuves et des orphelins, contre l'obscurantisme de la gérontocratie, etc. Le féminisme fut même épaulé par la jeunesse progressiste. Mai 68 sur les murs de la Sorbonne : "Nous ne voulons plus d'un monde où la garantie de ne pas mourir de faim, s'échange avec le risque de mourir d'ennui et de servitude". Quelle déception aujourd'hui ! Le féminisme de l'assimilation est entré en collusion avec le capitalisme. Tous deux ont aliéné l'homme à effectuer des marchés avant de conquérir la femme. La gestion par la terreur des entreprises n'épargne plus aucun corps de métiers. Désormais on charge des boucs émissaires sur le rechauffement de la planète.  Qui va libérer l'humanité de la servitude ignominieuse de l'esprit par le corps humain instaurée par le capitalisme ? OZOUA SOYINKA a compris. Délivrée de toute forme de domination, c'est par beaucoup de souffrances qu'elle est parvenue au royaume de la poésie, une voie susceptible d'aider l'être humain à conquérir sa liberté. Nous sommes impatients de déguster l'édition anglaise de SONJE YO. Copyright M'Boka Kiese.

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Hommage à Aimé Césaire, par M’Boka Kiese

Hommage à Aimé Césaire

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« [...] ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée
contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’oeil
mort de la terre
ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale
[...]
Aimé Césaire (1).


Ya Césaire, je te dédie ce poème kongo intitulé, Bunzonzi, interprété en français, Le sermon.


Bunzonzi Le sermon

Yi yinga ! En vérité !
Yi yinga ! En vérité !

Makuenda, Makuiza. Tout s’en va, tout revient.
Makuiza, Makuenda. Tout revient, tout s’en va.

Mfumu na mfumu, Politique pour Politique,
Nganga na nganga. Savant pour Savant.

Nganga na nganga, Savant pour Savant,
Mfumu na mfumu. Politique pour Politique.

Mfumu wa moolo, Oh ! chef indolent,
Nkangu wu fuidi nsatu. Le peuple souffre de faim.

Kimfumu, tumbua. On est investi d’un pouvoir.
Kinganga, semua. Le savant est désigné par ses pairs.

Nzonzi tele ngana. Un magistrat énonce une proposition.
Bangula ngana. Il doit la démontrer.

Wa lembobangula, S’il s’y dérobe,
Ubudikila ebanga. Il se cassera la mâchoire.

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Bole bantu L’union fait la force.
Bukaka nsongo. La solitude est un mal social.

Nianzi za zingi Plusieurs mouches rassemblées
Ka zinengomonanga Ne peuvent soulever
Mbizi ko. La viande du gibier.

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Muntu ua soba muntu ? Les hommes sont-ils si différents ?
Muntu wa fuana muntu. Tout homme en vaut un autre.

Bu buana muntu, Nul,
Ka bu lembua N’est à l’abri
Buana muntu ko. Des vicissitudes humaines.

Nsongi kabela Quand le colibri est malade
Tuna si katuna. Il charge des boucs émissaires.
Mpola sila Il dresse des ventouses
Mu n’tu wa kuti. Au hibou son voisin.

Nza ia kala bambevo, Dans un monde sans malades,
Banganga salu kifuidi. Les médecins chôment. …/…

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Diwu bidiwu, Tout se mange,
Futu bifutu. Tout se paie.

Fua dia mfuenge, L’héritage de la belette,
Biadila m’baku. Est échu au martre.

Kidie mfuenge, Si la belette est corrompue,
Kufuti m’baku. Le martre paie.

Nza ia kondo bimpumbulu, Dans un monde sans délinquance,
Banzonzi bafuidi nsatu. Les magistrats meurent de faim.

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Wa dia fua Tout héritage
Yika dio. Doit s’accroître.

Wa fua Tout mortel
Sisa nkuasa. Doit laisser un héritage.

Tu sidi vuvu evo, Ainsi espérons-nous,
Mbandu’antemo Qu’une génération d’éclairés
Yandi ulenda evo Saura combler
Mana malembana ban’kulu. Les insuffisances de leurs aînés.

Mpasi kalembika ngoma Pourvu qu’elle tempère le tambour
Malavu, yoovo makinu ; La boisson et les danses ;
Yoovo nienze Ni plaisirs d’aucune sorte
Zi bakitula bimpumbulu. Pouvant nuire à leur lucidité.

Tombe, tombe Les ténèbres demeurent les ténèbres
Ntemo, ntemo. La lumière reste la lumière.

Nza ia kondo mvita Dans un monde sans guerres
Bisadi mata dia pele. L’industrie d’armements chôme.

Na wa ku tuma zonza ? Qui t’autorisa à parler ?
Lembo ni lembo. Ah ! J’abdique.

Ngati ka buako ? Me suis-je bien exprimé ?
Ni buna bua buna. Sans doute.

Na poo, na yeko. Je vais en récréation.


(1) Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1983, p.46-47.

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